Le 7 octobre 2026, le CESER Hauts-de-France organisait une nouvelle rencontre du Forum des jeunes, en collaboration avec le Conseil départemental du Pas-de-Calais, la Maison de l’Europe de Douai et le CRAJEP Hauts-de-France. À cette occasion, Provox Hauts-de-France a animé un atelier consacré aux différentes formes d’engagement des jeunes.

S’engager, mais pour qui et comment ?
Voter, manifester, faire du bénévolat, aider un voisin, changer ses habitudes de consommation, prendre la parole, participer à une association… toutes ces actions peuvent-elles être considérées comme des formes d’engagement ?
C’est la question posée aux jeunes participant·es à l’atelier « Engagement(s) : et toi, tu t’engages comment ?« .
À travers un bingo et un jeu de positionnement, les participant·es ont été amené·es à interroger leurs propres représentations de l’engagement et à identifier ce qui peut faciliter, freiner ou transformer leur manière de s’engager. Les échanges ont rapidement fait apparaître un premier constat : la notion d’engagement reste difficile à définir et recouvre des réalités très différentes. Certaines pratiques sont spontanément reconnues comme de l’engagement : voter, participer à une manifestation ou s’investir dans une association. D’autres, pourtant susceptibles de contribuer à la vie collective, sont moins facilement identifiées comme telles : aider régulièrement un voisin, modifier ses habitudes de consommation ou s’impliquer ponctuellement dans une action.
Des représentations de l’engagement qui ne sont pas neutres
Les discussions ont également montré que notre manière de définir l’engagement est largement influencée par les représentations sociales et les expériences auxquelles nous avons été exposés. L’engagement est souvent associé à une dimension collective, militante ou institutionnelle. Une action menée au sein d’une association semble ainsi plus facilement reconnue comme un engagement qu’une action individuelle, notamment parce qu’elle paraît impliquer davantage de responsabilités et produire des effets plus visibles. La régularité joue également un rôle important : une action ponctuelle est moins spontanément perçue comme un engagement qu’une pratique répétée ou inscrite dans la durée. Pourtant, les échanges invitent à dépasser cette définition restrictive.
Les jeunes s’engagent déjà, mais ne reconnaissent pas toujours leurs propres pratiques comme de l’engagement.
C’est l’un des principaux enseignements de l’atelier. L’enjeu n’est donc pas uniquement d’inciter les jeunes à « faire davantage », mais aussi de leur permettre d’identifier, de nommer et de valoriser les formes d’engagement qu’ils et elles pratiquent déjà.
Des freins, mais aussi de nombreuses ressources
Les jeunes ont identifié différents obstacles pouvant limiter leur capacité à s’engager : manque de temps, difficultés financières, manque d’information, confiance en soi, sentiment de légitimité ou encore contexte social et familial. À l’inverse, plusieurs ressources peuvent faciliter le passage à l’action : les connaissances et compétences, la motivation personnelle, le soutien de l’entourage, les réseaux sociaux ou encore la possibilité de rencontrer d’autres personnes engagées. Les participant·es ont également souligné un enjeu de reconnaissance. Certaines formes d’engagement peuvent être peu visibles ou peu valorisées, alors même qu’elles permettent de développer des compétences, de prendre des responsabilités ou de contribuer à la vie collective.
Cinq enjeux pour favoriser l’engagement des jeunes
À partir des échanges, cinq grands enjeux se dégagent :
1. Mieux faire connaître la diversité des formes d’engagement
Dépasser une vision de l’engagement limitée au vote, au militantisme, au bénévolat ou à la participation institutionnelle.
2. Rendre l’engagement plus accessible
Agir sur les obstacles matériels et organisationnels : coûts, déplacements, disponibilité, accès à des espaces de réunion ou encore identification des opportunités.
3. Renforcer le sentiment de légitimité des jeunes
Permettre à chacun et chacune de se sentir capable de prendre la parole, de proposer et de participer, quelles que soient ses expériences antérieures.
4. Créer davantage de passerelles entre les jeunes et les espaces d’engagement
Améliorer l’information et l’orientation pour permettre aux jeunes de savoir où s’engager, auprès de qui et de quelle manière.
5. Mieux reconnaître les engagements des jeunes
Valoriser les engagements, y compris lorsqu’ils sont ponctuels, ainsi que les compétences et expériences qu’ils permettent de développer dans les parcours scolaires, citoyens et professionnels.
Des propositions pour passer à l’action
Les jeunes ne se sont pas arrêtés au constat. Ils ont formulé plusieurs propositions autour de quatre grandes orientations.
Informer et rendre visibles les possibilités d’engagement
Les participant·es proposent notamment d’organiser des temps régionaux permettant de découvrir les différentes formes d’engagement, mais aussi de mieux relayer les forums et événements dédiés aux jeunes dans les établissements scolaires. La transmission d’informations sur les possibilités d’engagement pourrait également être davantage intégrée au parcours scolaire.
Créer des espaces de rencontre et de transmission
Les jeunes souhaitent davantage d’occasions de rencontrer des personnes engagées, notamment dans une logique intergénérationnelle, afin de partager expériences, conseils et pratiques. Ils soulignent également le besoin de disposer de lieux permettant aux jeunes de se retrouver et de construire collectivement leurs projets.
Rendre les institutions plus accessibles
Les participant·es proposent de développer des réunions publiques locales et des formats d’échange plus accessibles, plutôt que de s’appuyer uniquement sur des documents institutionnels jugés parfois complexes. L’information institutionnelle doit pouvoir être comprise pour pouvoir être réellement investie.
Donner une véritable place aux jeunes
Enfin, les jeunes appellent à construire une gouvernance avec eux et elles, plutôt qu’une participation limitée à une consultation ou servant uniquement de caution. Cette place doit également passer par une meilleure reconnaissance des différentes formes d’engagement, y compris les plus ponctuelles.

Reconnaître l’engagement pour mieux le faire vivre
Cette rencontre aura finalement permis de déplacer la question initiale. Avant de demander aux jeunes de s’engager davantage, encore faut-il leur permettre de reconnaître qu’ils et elles sont déjà engagé·es. L’engagement ne se résume pas à une seule pratique ou à un seul statut. Il peut être individuel ou collectif, ponctuel ou régulier, associatif, citoyen, politique, solidaire ou encore prendre place dans les gestes du quotidien. En ouvrant cet espace de réflexion, le Forum des jeunes montre ainsi que favoriser l’engagement des jeunes ne consiste pas seulement à multiplier les dispositifs qui leur permettent de participer. Il s’agit aussi de rendre visibles les engagements existants, de lever les obstacles qui empêchent le passage à l’action et de construire des espaces dans lesquels les jeunes peuvent réellement prendre leur place.
Une réflexion qui s’inscrit pleinement dans les objectifs de la Fabrique de l’Engagement portée par la DRAJES et dans la démarche de Provox Hauts-de-France : partir de la parole et de l’expérience des jeunes pour faire émerger des propositions concrètes et contribuer à l’évolution des politiques publiques.
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