Le Président de la République vient d’annoncer sa volonté d’instaurer un service militaire volontaire de 10 mois dès l’été 2026, justifié par le contexte géopolitique international et un risque présupposé de conflit de haute intensité, notamment avec la Russie. Peu de temps avant, des propos alarmants du chef d’état-major des armées, évoquant la nécessité pour la France de se préparer à « perdre ses enfants », ont profondément marqué l’opinion publique et marque une escalade inquiétante dans la rhétorique et les orientations proposées vis à vis de notre jeunesse.

Face à cette dynamique, le CRAJEP Hauts-de-France exprime sa plus vive inquiétude et souhaite rappeler avec force son attachement à une autre vision de l’engagement et de l’avenir de la jeunesse.

Une jeunesse à accompagner et protéger, pas à préparer à la guerre

Nous ne pouvons pas faire peur à une nation toute entière ni envoyer les nouvelles générations dans une angoisse existentielle fondée sur la guerre et la mort. Les jeunes n’ont pas à être considérés comme un réservoir de chair à canon dans un monde présenté comme inéluctablement conflictuel. Une société qui prépare sa jeunesse à mourir plutôt qu’à construire est une société qui renonce à l’espoir, à l’émancipation et à la paix.

Une rupture avec l’héritage de la suspension du service militaire

La suspension du service national en 1997 répondait à une volonté de transformation profonde du lien entre armée et société, dans une logique de professionnalisation et de démilitarisation progressive de la jeunesse. Revenir aujourd’hui sur cette orientation constitue un tournant politique majeur qui mérite un débat démocratique profond, éclairé et transparent. Or, ce débat ne peut pas se construire sur la peur, l’urgence ou la préparation psychologique à la guerre.

L’éducation populaire, une alternative politique et éducative

En tant que réseau d’acteurs de l’éducation populaire, nous portons une vision radicalement différente de l’engagement des jeunes. Nous croyons en une éducation à la paix, à la coopération, à la résolution non violente des conflits. Nous défendons des dispositifs d’engagement civique choisis, émancipateurs, fondés sur l’utilité sociale, la solidarité, la transition écologique, la lutte contre les inégalités et le renforcement du lien social. Nous refusons toute militarisation déguisée de l’engagement citoyen, masquée derrière des discours de cohésion nationale ou de formation morale.

Alors que les défis du siècle sont climatiques, sociaux, démocratiques et éducatifs, il est irresponsable de répondre par la militarisation des imaginaires et des parcours de jeunesse. Nous demandons l’ouverture d’un large débat national associant les jeunes, les acteurs de l’éducation populaire, les associations, les syndicats, les chercheurs et les collectivités, afin de construire une politique d’engagement qui fasse société, sans l’enfermer dans une logique martiale. La jeunesse mérite un horizon de paix, pas un entraînement à la guerre.

Les membres du CRAJEP Hauts-de-France